écriture perso, blabla, lecture, livres

Mon combat contre moi-même

Il fut un temps où être moi était inimaginable, irréalisable. Il fut un temps où mettre un pas dehors déclenchait une crise de larmes, c’était la fin du monde. Il fut un temps où je me suis battue, pas contre les autres, enfin, pas tout le temps. Avant, j’étais ma pire ennemie.

Tout d’abord, un problème d’image s’est posé à moi. J’ai toujours eu un problème avec mon poids, je suis grosse. La première fois que le médecin me l’a dit, je devais avoir 5 ans. J’ai refusé d’avaler quoi que ce soit pendant plus d’une semaine. Dans ma tête, la nourriture faisait grossir, même en petites quantités. Mais ça ne m’a pas aidée. J’ai essayé d’arrêter de manger n’importe quoi, mais le problème est que j’aime manger. Et puis j’ai été sous anti-dépresseur. Mon premier traitement me faisait maigrir, la joie. A côté de ça, je n’avais plus faim. C’est encore le cas, je n’ai plus cette sensation, même quand je n’ai presque rien mangé pendant une semaine parce que la bouffe était immangeable. Après cela, j’ai changé de traitement, qui au contraire me fait prendre du poids. Autant dire que je veux l’arrêter au plus vite.
Récemment, on m’a dit que je m’étais fait une carapace grâce à mon poids, que je croyais me protéger. C’était loin d’être le cas. J’essaye de ne pas penser à l’image que je renvoie, à ce que pensent les autres. Mais j’y pense, inconsciemment.

Parce que, voilà, je n’existe qu’à travers les autres. Je suis ce que l’on veut que je sois, je fais ce que l’on attend de moi, je m’y suis lancée à mes dépends. Moi, je n’existe pas. Je ne suis qu’un corps vide avec un instinct de survie. Je m’efface, j’évite de me faire remarquer. Je n’ose pas envoyer de textos de peur de déranger. Je marche la tête baissée, je me réfugie dans le numérique pour mieux m’isoler. J’existe virtuellement, mais je n’ai pas l’impression d’exister physiquement, enfin, c’est compliqué. J’ai conscience de mon corps, mais c’est tout. Je n’ai pas eu le temps ou le courage de me forger une personnalité, je ne suis pas moi. Mais est-ce que moi, justement, j’existe? C’est une question qui me revient souvent. Alors, j’évite d’y penser, n’ayant pas envie de me dire que non, il n’y a pas de véritable moi qui ne pense qu’à soi, qui ne vit pas en fonction des autres. Il y a quelques mois, des mots ont été mis sur ce mal: c’est un faux self. « L’enfant, au lieu de pouvoir faire l’expérience de l’action libre et spontanée qui trouve un écho dans la réalité extérieure est contraint à la réaction. L’environnement le détermine. En grandissant, il s’adapte et peut ressembler à la personne qui occupe alors le premier plan. » Être soi, c’est un combat.
Je me suis battue contre ce faux moi, mais le combat n’est pas gagné. Car, voilà, je suis ma pire ennemie. Ce combat m’a valu beaucoup de larmes, de la panique. J’ai arrêté d’aller à l’école. Pas totalement, suffisamment pour me désociabiliser. Suffisamment pour que je ne suis pas motivée, que je ne fasse plus rien mis à part dormir, manger. Pourtant, j’ai réussi à avoir mon bac.
Depuis le début des vacances, ma mère trouve que je vais mieux. Mais, à qui est-ce que je mens? Je ne suis pas guérie, le serais-je un jour? Est-ce que je vais finir par arrêter de jouer un rôle? Avant, j’étais ma pire ennemie. Je le suis encore aujourd’hui.

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